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Publié par Bernard Pradines

Image issue du site : http://www.bruno-jarrosson.com/la-confiance/

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Editorial

Les résultats de la consultation électronique des soutiens de Jean-Luc Mélenchon sont sans appel. Comment expliquer qu’un si grand nombre de personnes va s’abstenir ou voter nul dans les rangs de la « vraie gauche », celle qui a pour ambition la « transformation sociale et écologique » face au péril de l’extrême droite ?

L’hostilité envers le programme néolibéral d’Emmanuel Macron est bien sûr l’élément crucial de cette motivation, ou plutôt de cette démotivation. Pourtant, je pense qu’il existe d’autres raisons qui ne sont pas développées ici ou là à la veille d’une échéance décisive.

Tout d’abord, l’enthousiasme pour la candidature de Jean-Luc Mélenchon fut tangible et nouveau. Jamais nous n’avions vu autant de jeunes gens s’assembler pour venir écouter le porte-parole de la « France insoumise ». La déception a été à la mesure de cet enthousiasme. De la déception au découragement, il n’y a qu’un pas que nous pouvons tous franchir.

Le dégoût de la politique est lui aussi à l’œuvre depuis de nombreuses années, en particulier depuis le début de la dernière crise du système capitaliste libéralisé et mondialisé. Ce rejet traverse surtout les couches populaires devant les promesses non tenues par une « gauche » de gouvernement vécue comme traîtresse à sa tradition et devenue l’ombre d’elle-même.

Certains votants du premier tour pour Jean-Luc Mélenchon iraient même jusqu’à se porter sur Marine Le Pen au deuxième tour. Ainsi, la lepénisation des esprits n’est pas un mythe. Il est plus facile, plus tentant, de désigner l’étranger comme le coupable de nos malheurs que de démonter des mécanismes mortifères complexes politiques, sociaux et économiques. Plus facile de céder aux sentiments cachés, honteux, que de raisonner sereinement et sainement ; surtout si l’on est frappé par le chômage et la précarité, si l’on habite dans des cités défavorisées gangrénées par le trafic de drogue et l’islamisme militant.

Ne pas participer au prochain vote tient aussi du déni, ce mécanisme de défense si fréquent qui nous protège de notre vulnérabilité et même de notre finitude. Ne pas vouloir voir l’extrême droite sous son jour habituel est plus confortable que de regarder l’histoire en face. Comme le soulignait récemment Alexis Corbière, soutien de Jean-Luc Mélenchon, la droite extrême sait séduire les classes populaires avec toutes sortes de concessions démagogiques, quitte à se contredire d’un moment sur l’autre. Même si comparaison n’est pas raison, comment oublier les années 30 et la victoire de ce courant de pensée chez trois grands voisins européens ? Combien de vocabulaire, de thèmes, furent alors récupérés !

Pourtant, dans ce tableau apparemment négatif, je vois aussi une note lumineuse : celle de la confiance. Au fond, les citoyens qui vont s’abstenir ou voter nul comptent sur autrui pour faire la tâche rebutante à leur place : aller voter pour barrer la route au Front National. Leur crédit est celui que l’on peut accorder aux sondages si souvent dénoncés. Miser sur la défaite de Marine Le Pen, c’est aussi faire confiance aux évaluations  actuelles des intentions de vote.

Après tout, ne sommes–nous pas tous des êtres sociaux obligés de compter sur autrui pour nous préserver ? La seule circulation routière en est un exemple manifeste. Ceux qui vont nous laisser nous « salir nos mains » comptent sur nous car ils croient que nous allons contenir la bête.

Encore un paradoxe : ceux qui pourraient sembler distants de cette élection, définitivement découragés, individualistes, voire égoïstes, en tous cas imprudents, sont en fait les plus confiants dans leurs concitoyens. Ne les décevons pas.

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