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Publié par ENSEMBLE 81

L’humiliation psychologique, économique, sociale et politique ?

Le débat est riche autour des origines du terrorisme actuel. Contrairement aux affirmations de notre présent premier ministre, expliquer n’est pas excuser. Comprendre n’est pas justifier.

En terres à majorité ou à quasi-unanimité musulmanes, les sentiments d’humiliation et de frustration sont bien présents. Cette perception a pu revêtir des aspects quasi-délirants : à Tunis en 1992, un père de famille rencontré devant le lieu où se tenait un colloque sur les Droits de l’Homme confia son désespoir car il redoutait que ses enfants mourussent dans une attaque israélienne (Tsahal venait de bombarder le QG de l’OLP de Yasser Arafat). De manière plus générale, la question palestinienne demeure un abcès de fixation pour l’ensemble du monde arabo-musulman, une sorte d’écharde inamovible.

Après avoir connu un Moyen-Age dont le souvenir demeure positif, lumineux, rayonnant voire dominateur, ces pays ont subi pour la plupart la colonisation sous des formes variées. Le découpage de leurs frontières actuelles a lui-même été dicté par les pays occidentaux, comme ce fut le cas pendant et après la première guerre mondiale. La décolonisation a souvent été laborieuse, longue, difficile, parfois terrible comme en Algérie. Ils ont dû subir des guerres civiles, comme dans ce dernier pays ou au Liban, mais aussi des conflits importés ayant culminé avec l’invasion vengeresse et arbitraire de l’Irak en 2003. Sans parler des combats entre nations tels que celui qui a opposé l’Algérie et le Maroc autour du Sahara Occidental. Les abominations ont dépassé l’entendement avec la guerre Iran-Irak dans les années 1980 puis avec la répression aveugle des Kurdes.

La proximité croissante entre les pays du Nord et du Sud, du fait du développement de la mobilité humaine, en particulier par les transports aériens, a accru ce sentiment : pourquoi d’un côté les riches en paix et de l’autre les pauvres en guerre. Qui est responsable ?

Bien des citoyens de ces contrées ont dû trouver refuge en Occident pour des raisons économiques ou de sécurité. Le changement de vie corollaire de cette migration inédite par son ampleur peut être qualifié de bouleversement tant les représentations, les organisations sociales et la vie quotidienne sont souvent différentes entre le lieu d’origine et celui de destination. La crise économique du système capitaliste et les rapports sociaux ne laissant la place de l’intégration sociale qu’aux plus performants ont marginalisé de nombreux enfants issus de l’immigration. Les pertes de repères, personnels et identitaires, sont d’autant plus redoutables qu’elles surviennent sur un terrain psychologique fragilisé par des familles elles-mêmes désorientées, dont la structure traditionnelle est remise en cause. Dans cet océan de difficultés, la religion peut représenter le seul ciment ancien de sociétés en crise, déchirées, en menace d’implosion. Elle est encore une fois grosso modo ce que Karl Marx avait repéré en termes de projection et de consolation [1]. L’individu perdu y trouvera sens et réponse à ses questions dans le « livre qui sait » [2]. Un exemple : après une expérience « socialiste » puis libérale, l’Algérie fut tentée par l’islamisme absolutiste tant on y affirma que tout était déjà écrit dans le Coran pour accomplir une vie et réaliser une société qui fussent justes. Ajoutons-y la constitution récente d’un Etat transnational revendiquant de manière paranoïaque le rétablissement de la dignité musulmane par tous les moyens. Une religion qui serait opprimée en Occident.

A ceux qui établissent une relation entre le national-socialisme et Daech, on pourrait accorder qu’il existe l’avenue commune du sentiment d’humiliation exploité à son comble. On retrouve le racisme, l’antisémitisme, la haine de la démocratie et du parlementarisme, le terrorisme d’Etat ou une ambition d’intervention internationale. Sur le plan religieux, les références à Dieu ne sont pas absentes de la rhétorique national-socialiste, contrairement aux idées reçues. Les différences sont pourtant nombreuses : les moyens de Daech ne sont pas ceux du Troisième Reich, le contexte géopolitique n’est pas le même…

Il suffit donc désormais d’esprits faibles, en rupture, en quête d’identité, souvent en marge, pour entendre l’appel au meurtre censé venger les « frères et sœurs » persécutés.

Une nouvelle Résistance est donc indispensable. Elle sera différente de celle de nos glorieux prédécesseurs. Elle ne pourra pas faire l’impasse sur les motivations conscientes et inconscientes de ses ennemis. De plus, elle ne doit pas tomber dans le piège qui lui est tendu en renonçant aux valeurs républicaines et démocratiques qu’elle est présumée défendre.

 

[1] « La détresse religieuse est en même temps l’expression de la vraie détresse et la protestation contre cette vraie détresse. »  In Karl Marx, Friedrich Engels, Sur la religion (SR), Paris, Editions sociales, 1960, pp. 42-77

[2] Idir. « Pourquoi cette pluie ? » https://www.youtube.com/watch?v=QrQvvXN1Rx0

 

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