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Publié par Bernard Pradines

Refonder la gauche ?

Editorial

Pierre Rosanvallon est interrogé par Serge Audier et Florent Georgesco pour le journal « Le Monde » le 21 août 2018.

Pierre Rosanvallon développe à juste titre la notion de domination dans un sens large, idée qu’il propose d’approfondir en lieu et place d’incriminer paresseusement « le néolibéralisme ». Il prône à l’encontre de celui-ci la promotion, par la gauche, de l’émancipation :

« Le mot » émancipation » permet d’utiliser un vocabulaire unique pour traiter les différentes formes de domination dont il s’agit de s’affranchir ».

Les journalistes lui posent la question suivante :

« C'était un des enjeux de ce qu'on a appelé la " deuxième gauche ", dont vous avez largement contribué à définir le corpus intellectuel l'incarnation politique étant, elle, surtout assurée par Michel Rocard. Elle s'opposait en particulier au socialisme alors dominant, ce que vous appelez le " social-étatisme ". »

Pierre Rosanvallon leur répond :

« C'est-à-dire, grosso modo, la culture collectiviste qui dominait le socialisme français depuis Jules Guesde - 1845-1922 -, pour laquelle la transformation sociale passait par l'installation d'un pouvoir censé préparer, notamment par des nationalisations, une révolution qui mettrait en place un Etat de classe. Cela se fondait sur l'idée d'une classe ouvrière organisée, et donc qui marche au pas sous la férule de ses organisations. L'enjeu était pour nous de rompre avec cette vision monolithique et stérile (à force de croire que le seul changement possible est de nature révolutionnaire, rien ne se passe), mais surtout de développer, à l'inverse, le sens de l'initiative et de la singularité, d'aller vers une affirmation de l'autonomie des individus. »

A mon avis, cette dernière phrase jette une lumière sur l’orientation d’une grande partie de la gauche française en matière de morale. Elle permet de mieux comprendre des progrès réalisés tels que la possibilité de la contraception, de l’IVG ou du mariage pour tous.

Progressivement, d’une conception collective et solidaire du monde, une tendance a ainsi évolué vers l’autonomie des individus. Mais il y a toujours un revers à la médaille. C’est le risque d’en oublier le poids du collectif, des déterminismes socio-économiques, des liens étroits entre conditions historiques et évolution des idées individuelles. Une illustration récente concerne le débat autour de la fin de la vie, en particulier celui du suicide assisté et de l’euthanasie. Oublié le néolibéralisme qui ne connait pas l’individu dans sa singularité et ne cesse d’exiger une réduction du coût des retraites et des frais de soins. Oubliée l’action collective, syndicale, politique et associative pour améliorer la fin de la vie de ses prochains. Désormais, chacun devra trouver sa solution en toute autonomie, c’est-à-dire en se déterminant selon ses propres lois individuelles. D’où la réponse suivante apportée par un courant d’opinion souvent situé à gauche : faute de soutien social et collectif, je ne sers plus à rien, je suis inutile, je veux pouvoir décider de mourir de mon propre chef. Je ne milite pas pour le développement des soins palliatifs et l’accès aux soins médicaux. Non, je réclame pour moi de mourir quand je veux, comme je veux. C’est ce que je nomme la dignité. C’est le nouvel éloge de la fuite, un chacun pour soi, un sauve qui peut. Après moi, le déluge ! Ça m’est égal, je serai mort.

Il serait intéressant que Pierre Rosanvallon se penchât sur les effets secondaires néfastes de sa proposition.

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R
Cet article met en avant un RISQUE certain : les pressions que peut exercer l'économie sur nos fins de vie !!!<br /> Je dois citer un grand groupe financier (étranger), détenteur de nombreuses maisons de retraite en France, qui a incité (et plus : exercé des pressions nombreuses) pour qu'un médecin coordonnateur d'une maison de retraite, dans laquelle j'ai travaillé, à "moins hospitaliser certaines personnes âgées" (autrement dit, les ... sauver d'une mort certaine) pour pouvoir "augmenter le prix de la chambre occupée.<br /> Avec une loi sur l'euthanasie, il sera très aisé d'avancer que la p.âgée a "souhaité" mourir et déguiser des morts naturelles en morts ... un peu "aidées" !<br /> CHOISISSEZ CE QUE VOUS VOULEZ POUR VOTRE FIN DE VIE, réfléchissez bien avant de défendre et choisir l'euthanasie, ou même le "suicide assisté" : il est facile de vous retourner le cerveau avec des arguments d'apparence bienveillante pour ... autrui (? vous en être bien sûr : pour le bien de la collectivité ???)
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