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Publié par ENSEMBLE 81

Marx se serait-il trompé ? Deuxième partie.

Parler de Marx sans tabou, c’est tirer des enseignements d’une vision sans précédent de la société dans son évolution et ses contradictions. C’est relativiser la portée prophétique d’une pensée et d’une pratique qui peuvent être critiquées à la lumière de l’expérience réelle que l’Histoire nous a léguée.

Ainsi de la religion ainsi décrite [1]:
« Le fondement de la critique irréligieuse est : c'est l'homme qui fait la religion, ce n'est pas la religion qui fait l'homme. Certes, la religion est la conscience de soi et le sentiment de soi qu'a l'homme qui ne s'est pas encore trouvé lui-même, ou bien s'est déjà reperdu. Mais l'homme, ce n'est pas un être abstrait blotti quelque part hors du monde. L'homme, c'est le monde de l'homme, l'État, la société. Cet État, cette société produisent la religion, conscience inversée du monde, parce qu'ils sont eux-mêmes un monde à l'envers. La religion est la théorie générale de ce monde, sa somme encyclopédique, sa logique sous forme populaire, son point d'honneur spiritualiste, son enthousiasme, sa sanction morale, son complément solennel, sa consolation et sa justification universelle. Elle est la réalisation fantastique de l'être humain, parce que l'être humain ne possède pas de vraie réalité. Lutter contre la religion c'est donc indirectement lutter contre ce monde-là, dont la religion est l'arôme spirituel.
La détresse religieuse est, pour une part, l'expression de la détresse réelle et, pour une autre, la protestation contre la détresse réelle.

La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple.

L’abolition de la religion en tant que bonheur illusoire du peuple est l’exigence que formule son bonheur réel. Exiger qu’il renonce aux illusions sur sa situation c’est exiger qu’il renonce à une situation qui a besoin d’illusions. La critique de la religion est donc en germe la critique de cette vallée de larmes dont la religion est l’auréole“.

 Bien qu’elle puisse être encore ainsi perçue, la représentation habituelle des religions a beaucoup évolué depuis le milieu du XIXème siècle.

La séparation de l’Eglise et de l’Etat a progressivement amené un apaisement du conflit entre citoyens non religieux et religieux. Nous ne procédons pas à la classification de notre entourage d’abord sur ce critère comme autrefois, au moins en règle générale. Les mariages interreligieux ne se remarquent plus comme jadis.

L’Histoire est venue nous rappeler que ceux qui croient au ciel et ceux n’y croient pas peuvent se rapprocher dans des moments cruciaux comme la lutte contre le national-socialisme. L’abolition de la religion n’est tout simplement plus à l’ordre du jour. De plus, il n’y a plus une seule religion mais plusieurs, l’Islam est devenu la seconde religion de France.

Si l’analyse de Marx demeure pertinente à mes yeux sous l’angle descriptif, philosophique et littéraire, elle mérite d’être actualisée aussi sur le point de l’opium. Depuis le vingtième siècle, nous disposons de médicaments antidépresseurs et tranquillisants qui feraient meilleur office que l’opium en la matière. Quant à elles, la psychanalyse et la psychologie ont remplacé massivement le confessionnal. Si la religion peut être considérée, à l’instar de Sigmund Freud, comme une illusion,  sa destruction n’est plus à l’ordre du jour. Seul le lent dépérissement de ses structures sous l’influence de la démarche éducative et  scientifique semble en marche dans les pays dits développés.


[1] Karl Marx, Critique de la philosophie du droit de Hegel, 1843

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