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Publié par Bernard Pradines

Image issue du site : https://www.lesmotspositifs.com/blogue/le-benefice-du-doute/

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Dans un interview[1] donné au magazine suisse en ligne « le Temps » le 16 avril 2021, le philosophe Etienne Klein émet sur de la pandémie actuelle des propos qui se rapprochent de ceux que j’ai écrits avec mes mots déjà vieux d’un an[2] :

« Une opportunité quasi historique nous était, là, donnée d’expliquer au grand public, en temps réel, jour après jour, la méthodologie scientifique : ses tâtonnements, ses avancées, ses multiples biais, ses succès, mais aussi en quoi consistent un effet placebo, un bon usage des statistiques, la différence entre une corrélation et une relation de cause à effet… Au lieu de la saisir, certains ont préféré mettre en scène une interminable foire d’empoigne entre ego ayant souvent atteint une certaine surdimension. Je crains qu’une partie du public se soit ainsi laissé abuser, et considère désormais que la science est une simple affaire d’opinions qui s’affrontent sans jamais converger. »

Des appréciations que je partage avec leur auteur. Pourtant, je suis ressorti frustré de la lecture de ses déclarations. En effet, s’adressant à un vaste public francophone, l’auteur ne semble pas saisir les racines profondes de la défiance actuelle envers la science et la recherche. Difficile de se retrancher derrière les seules querelles d’égos et écoles de médecine. Peu efficient aussi de faire porter la méfiance sur une population brouillonne qui s’exprime par chapelles communautaires sur les réseaux sociaux. Le peuple devrait-il parler d’un seul tenant et adhérer sans broncher à la parole officielle ? Ce ne fut jamais le cas.

Ici est le nœud du problème qu’Etienne Klein traite d’un point de vue seulement intellectuel et moral, se plaçant résolument du côté des « sachants ».

C’est ignorer une politique constante de démantèlement des services publics dont la nécessité vitale apparait mieux en temps de crise. C’est faire fi du mépris des classes dirigeantes envers le peuple depuis des décennies. C’est ignorer le doute profond dans les institutions dont un symptôme furent les Gilets Jaunes.

C’est ne pas relier l’abstention massive aux élections avec le rejet de toute parole officielle, quelle que soit son origine, y compris scientifique. C’est ne pas envisager que la représentation officielle est abimée par l’élection passée et peut être future d’un monarque républicain aussi désirable qu’Emmanuel Macron face à son épouvantail préféré : Marine Le Pen. C’est ne pas comprendre l’actualité de la pensée de Marx sur la spéculation irrationnelle : La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclu. »

C’est oublier le cadeau incroyable fait à l’extrême droite trouvant et attisant un écho populaire en tapant sur « l’élite ».

Autant dire que la contribution d’Etienne Klein me semble intéressante mais elle me parait rater l’essentiel à l’expérience du bilan d’une année de détresse : le contexte économique, sociale et politique de la défiance.

 

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